Histoire et inhumanité de Chan Chan

A l’occasion d’un voyage de groupe au Pérou, la semaine dernière, j’ai découvert le site de Chan Chan, près de Trujillo. Je sais bien que le Pérou évoque essentiellement la civilisation inca, mais Chan Chan donne à découvrir une autre civilisation, et c’est pourquoi j’aimerais vous la présenter ici. Chan Chan était en effet la capitale des Indiens Chimú, qui régnèrent sur la région avant l’arrivée des incas vers 1470. La ville comptait alors des dizaines de milliers d’habitants (les estimations des archéologues varient entre 30 000 et 100 000) et le site montre aujourd’hui à quel point les cités d’Amérique du Sud étaient intelligemment pensées et agencées. On y trouvait des édifices religieux, des réservoirs d’eau, des cimetières, des maisons bien conçues, des jardins communaux et ce qui semble avoir été des bâtiments de stockage (probablement pour les récoltes et autres marchandises). On trouve aussi à Chan Chan neuf « citadelles », ou quartiers qui permettaient peut-être aux différentes classes sociales de vivre séparément. Les bâtiments, faits d’un mélange de pisé et de boue, sont décorés de motifs complexes. La majorité des Chimú qui habitaient à Chan Chan se consacraient à la pêche ou à la poterie. De nombreuses céramiques ont survécu, qui illustrent l’histoire de cette population et son mode de vie : on y voit des gens en train de pêcher ou encore des animaux importants dans cette culture, tels que singes, poissons et chiens. Il semble que les céramiques faisaient l’objet d’échanges avec d’autres tribus au sein d’un actif système de troc. Chan Chan est une ville unique : non seulement c’est la plus grande cité jamais construite en Amérique précolombienne, mais c’est aussi la plus grande ville de pisé au monde. Les Chimú y vécurent libres pendant plusieurs siècles avant d’être envahis par les Incas. Aujourd’hui, ce site est inscrit comme patrimoine de l’humanité. Il est en effet fragile, car le pisé est aisément endommagé par les éléments naturels, que ce soit le vent ou la pluie. De plus, l’endroit a malheureusement été négligé et abîmé au cours des derniers siècles, en particulier par les pilleurs désireux de vendre leurs trouvailles à des collectionneurs sans scrupules. Il a donc besoin d’être restauré et préservé, mais c’est tout de même un incroyable site à découvrir, si vous visitez un jour le Pérou. Et si vous optez pour le voyage de groupe, je vous recommande l’agence par laquelle ma femme et moi sommes passés. L’organisation était aux petits oignons. Plus d’informations sur le site qui offre ce voyage groupe.

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Du hasard de l’artiste

Il semble parfois que l’artiste, et en particulier le philosophe, ne soit qu’un hasard dans son époque, qu’il n’y soit entré que comme un ermite, comme un voyageur égaré et resté en arrière. Qu’on se rende donc une fois bien compte combien Schopenhauer est grand, partout et en toutes choses, et combien l’effet produit par son œuvre est médiocre et absurde. Rien ne peut sembler plus humiliant pour un honnête homme de ce temps que de se rendre compte à quel point Schopenhauer y est une apparition fortuite et de quelles puissances, de quelles impuissances a dépendu l’échec de son action. Tout d’abord et longtemps il souffrit de l’absence de lecteurs; et c’est là une honte durable pour notre époque littéraire; ensuite, lorsque vinrent les lecteurs, ce fut le manque de conformité de ses premiers témoins publics; plus encore, à ce qu’il me semble, l’incompréhension de tous les hommes modernes vis-à-vis de tous les livres, car personne à l’heure qu’il est ne veut plus prendre les livres au sérieux. Peu à peu, un nouveau danger s’est ajouté aux autres, né des tentatives multiples qui ont été faites pour adapter Schopenhauer à la débilité du temps ou pour l’ajouter comme un élément étranger, une sorte de condiment agréable que l’on mêlerait aux mets quotidiens en guise de piment métaphysique. C’est de cette façon qu’il a été connu peu à peu et qu’il est devenu célèbre et je crois qu’il y a maintenant plus de gens qui connaissent son nom que celui d’Hegel. Et, malgré cela, il est encore un solitaire, malgré cela, jusqu’à présent, il n’a pas encore exercé d’influence. Ses véritables adversaires littéraires et les aboyeurs peuvent, moins que personne, revendiquer l’honneur d’avoir entravé cette renommée, d’une part, parce qu’il y a peu d’hommes qui aient la patience de le lire et, d’autre part, parce que ceux qui ont cette patience se trouvent directement amenés à Schopenhauer. Qui donc se laisserait empêcher par un ânier de monter un beau cheval, quel que soit l’éloge que celui-ci fasse de son âne aux dépens du cheval?

La France devient l’alliée d’Assad ?

Dimanche 27 septembre, les forces aériennes françaises ont effectué leurs premières frappes contre les djihadistes de l’EI « au nom de la légitime défense ». Le Point a par la suite effectué un sondage et 29.481 votants ont répondu à la question de savoir si « en frappant Daesh en Syrie, la France devient l’alliée implicite de Bachar el-Assad ». Si la France, les États-Unis, la Russie ont tous l’objectif de lutter contre la menace terroriste, leur vision de leur principal l’ennemi diffère toujours. L’approche russe, formulée une fois de plus par le Président russe Vladimir Poutine dans un entretien, est de soutenir le président syrien, chef d’Etat légitime, de renforcer les structures étatiques légales et de les aider à lutter contre le terrorisme tout en encourageant un dialogue positif avec la frange raisonnable de l’opposition sur des réformes politiques. Mais si la vision russe est d’éviter toute intervention dans la politique intérieure des Etats, car l’incitation à un coup d’Etat mènerait à une désintégration de toutes les institutions étatiques, comme c’est le cas en Lybie, en Irak ou en Ukraine, la France et les Etats-Unis disent ne pas vouloir discuter avec le dirigeant syrien. Pourtant, même si Barack Obama demande toujours le départ du chef de l’Etat syrien, il est moins catégorique dans ses propos. David Cameron et Angela Merkel ont quant à eux déjà infléchi leur position. Le président français François Hollande et le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, quant à eux, ne cessent d’appeler au départ de Bachar el-Assad. Cependant, avec les frappes contre l’EI, l’approche française devient contradictoire. A la question de l’hebdomadaire Le Point de savoir si « en frappant Daesh en Syrie, la France devient l’alliée implicite de Bachar el-Assad », 60,9% des Français (17.971 sur 29.486 votants) ont répondu « oui ». David Thomson, journaliste à RFI et spécialiste du jihadisme français, a expliqué pour RFI en quoi consistaient ces contradictions.  » Ces frappes font de la France un allié indirect du régime syrien puisqu’aujourd’hui, à Deir Ezzor et dans sa région, il n’y a que deux acteurs: le groupe Etat islamique qui assiège un réduit dans lequel se sont réfugiés depuis un an un millier de soldats syriens qui sont ravitaillés de nuit par hélicoptères. Donc, de fait, comme il n’y a que ces deux acteurs, attaquer l’organisation Etat islamique revient à faire de la France l’allié du régime de Bachar el-Assad », a-t-il expliqué.

Conférence de Londres sur l’économie

L’intensification des relations de service dans l’économie constitue, avec la globalisation, le grand changement structurel des activités productives. Ce processus de « tertiarisation » s’est traduit en particulier par l’importance accrue dans l’activité et l’emploi des services relationnels, c’est-à-dire les services basés sur l’interaction directe entre prestataire et destinataire (Roustang, 1987). Dans ce contexte, des innovations émanant de la société civile se sont manifestées dans toute l’Europe, prenant pour la plupart les formes associative et coopérative. L’importance prise par ces initiatives dans des domaines tels que la santé, les services sociaux, la culture et les loisirs atteste des enjeux associés dans les pays européens à une nouvelle dynamique d’économie solidaire. Cette contribution a d’abord pour objet de cerner cette réalité, mais elle souligne ensuite la confusion dont atteste le recours à différentes terminologies, reflétée dans les avancées et limites de la reconnaissance par l’Union européenne. Dans les pays Scandinaves, de nouvelles organisations ont montré une façon d’agir différente de celle des associations traditionnelles1. Se détournant d’une approche politique et culturelle hégémonique dans les années 1970, elles ont proposé dans les années 1980 « de nouvelles formes organisationnelles et des solutions aux problèmes sociaux locaux ». Parmi celles-ci figurent les organisations dites de « promoteurs de projets » au Danemark constituées à partir de l’implication forte d’une ou plusieurs personnes et les coopératives dans la garde d’enfants en Suède. Dans ce pays, en 1994, 1768 structures non municipales de garde étaient en fonctionnement accueillant. 12 % des enfants bénéficiant de structures d’accueil et parmi celles-ci 1020 étaient des coopératives de parents et 117 des coopératives de travailleurs (Pestoff, 1997, 1998). La forme coopérative et associative participe dans ce contexte autant à un redéploiement des services existants qu’à la création de nouveaux services. La « coopératisation » des services sociaux (Lorendahl, 1997 ; Pestoff, 1998) répond avant tout à une visée d’accroissement du rôle des usagers, tels les parents pour l’organisation de l’accueil de leurs enfants, et elle a été admise sous la pression des contraintes financières s’exerçant sur le secteur public. Source: séminaire Londres.

Londres

Les ados sont aussi sexe, drogue et rock and roll

Si l’exposition des adolescents à la drogue ou à l’alcool est liée à cette période de la vie, les vacances constituent une séquence opportune pour découvrir (et parfois abuser) de ces substances pourtant dangereuses. Pendant les vacances d’été, les tentations sont plus grandes pour les adolescents -plus ou moins jeunes- qui sortent sans leurs parents… L’abus d’alcool par les jeunes est-il plus fréquent à cette période là ? Dans quels cadres existe-t-il ? Bien évidement dans le cas de figure exposé, les types de consommation sont les usages festifs et les abus. L’alcool et le cannabis sont les produits les plus consommés, majoritairement dans un but expérimental et récréatif, mais il reste des cas d’usage abusif – mélanges, usage rapide et en forte consommation de type binge drinking avec dans ces cas, des risques sur un le plan de la santé somatique et psychologique. Les vacances sont des périodes propices pour des rencontres, pour la désinhibition et surtout pour la recherche de sensation. Souvent, les adolescents cherchent dans l’usage des substances psychoactives un moyen rapide de détente, de plaisir, d’excitation, un facilitateur des rencontres. Quels sont les impacts de ces abus, tant au niveau physique que psychologique ? L’alcool est un produit toxique et psychotrope. Les effets psychotropes de l’alcool sont l’euphorie, la levée de l’inhibition ou au contraire la sédation et l’effet antidépresseur. En cas d’usage massif, en cas de binge drinking, l’intoxication aiguë alcoolique ou ivresse alcoolique est caractérisée par la succession de trois phases : excitation, ébriété et dépression. La phase d’excitation psychomotrice est caractérisée par une impression de facilité intellectuelle et relationnelle et une désinhibition. La phase d’ébriété est caractérisée par une démarche instable, des gestes incoordonnées et dysmétriques. La phase de dépression se caractérise par une grande fatigue avec endormissement (jusqu’au stade de coma). Si l’ivresse alcoolique peut se présenter sous cette forme « banale », on peut pourtant rencontrer des ivresses « pathologiques », qui se présentent comme des syndromes excitomoteurs, hallucinatoires, délirants, convulsivants. Souvent après l’ivresse, les patients présentent des « trous noirs » (amnésie rétrograde). Le coma éthylique se présente sous la forme d’un coma toxique ou métabolique. Il existe fréquemment une hypotonie musculaire, une dépression respiratoire, une hypotension, une hypothermie et une polyurie. La conduite à tenir est celle d’une grande urgence. En matière de cannabis, sa consommation semble également augmenter en période estivale ? Quelles situations sont propices à la consommation de cette drogue ? Le cannabis est à l’heure actuelle un produit largement consommé de manière festive et cette période de vacances s’accompagne d’une augmentation du nombre d’usagers expérimentaux, festifs, mais aussi des cas excessif de consommation. Comme pour l’alcool, le risque d’effets nocifs est augmenté en cas de poly consommation et de mélanges.

Politique: transparence aussi pour le contrôle

Les déclarations de patrimoines des députés seront désormais consultables pour tous les électeurs munis de leur carte électorale. Mesure coup de poing du gouvernement, faisant suite à l’affaire Cahuzac. Les déclarations de patrimoine des députés et sénateurs sont consultables depuis lundi 13 juillet dans les préfectures de leur département, une première en France, en application des lois de 2013 sur la transparence, qui avaient été adoptées après l’affaire Cahuzac. Qu’est-ce que cela change vraiment dans la pratique ? Avant les déclarations de patrimoines que les députés et sénateurs devaient faire étaient secrètes. Leur exactitude n’était pas contrôlée, la commission concernée n’ayant pas les moyens de le faire. Aujourd’hui, les déclarations seront contrôlées par la Haute Autorité, qui requiert un contrôle fiscal. Ces déclarations seront rendues publiques et consultables par tous les électeurs inscrits sur les listes électorales. Ceci représente donc un progrès par rapport à la situation antérieure. C’est une position de compromis entre ceux qui souhaitaient que les patrimoines soient complètement publics et ceux qui le refusaient. Devant les divergences, l’Assemblée a retenue une position de compromis. Attention, les visiteurs n’auront pas le droit de les publier sous peine d’une amende de 45 000 euros. On vérifiera qu’aucune personne ne possèdent d’appareil photo et quelqu’un se trouvera très probablement à leur côté pour vérifier qu’il n’y a pas de prise de note. Si quelqu’un consulte ces déclarations et les croit incomplètes, il pourra saisir la Haute Autorité et lui faire remarquer que la déclaration n’est pas exhaustive. A ce moment, la Haute Autorité fera les diligences nécessaires pour vérifier la réalité des faits signalés. La déclaration du patrimoine sera consultable durant le mandat et durant les six mois suivant le départ d’un parlementaire. Elle n’est pas maintenue indéfiniment en préfecture. Il s’agit de la déclaration de l’intéressé et non pas de son conjoint. D’où partait-on en la matière ? Y avait-il une réelle nécessité à le faire ? Auparavant, il y avait une déclaration de patrimoine mais la commission qui en était chargée n’avait pas les moyens d’en vérifier l’exhaustivité. Désormais, on en a les moyens. A titre d’exemple, la déclaration d’une dizaine de parlementaires a été déférée à la justice pour inexactitude. Un tel souhait de transparence n’est pas nouveau. Ici le rôle de l’affaire Cahuzac, a été de montrer qu’il fallait aller plus loin. Il s’est trouvé qu’après l’affaire Cahuzac, on a décidé que tous les ministres devaient rendre leur déclaration de patrimoine publique après vérification par la Haute Autorité (certains ont d’ailleurs dû reprendre leur déclaration). Un projet de loi avait été déposé : députés et élus locaux devaient rendre leur patrimoine publique. La publicité du patrimoine des élus locaux a été jugée excessive pour atteinte à la vie privée et annulée par le Conseil Constitutionnel. Cependant, la déclaration des élus locaux existe mais est non consultable.

A Edimbourg pour les marques

La semaine dernière, dans le cadre d’un congrès à Edimbourg, un participant a posé la question de savoir si la marque doit être apparente ou plutôt effacée lorsqu’il est question de contenu de marque. Une question plutôt épineuse : si le slogan d’une marque s’expose obstinément à l’écran, cela risque de nuire à la perception du contenu, et de le faire tomber dans la simple pub. A l’inverse, si la marque n’est pas assez apparente, les efforts faits pour générer un contenu à valeur ajoutée ne vont être d’aucun profit pour la marque. Evidemment, une marque qui dépense un budget important pour s’associer avec un artiste de renom sera tentée de le signaler à tout-va pour tenter d’en tirer profit. A cette première difficulté s’ajoute également le besoin de faire en sorte que le public discerne assez vite la catégorie du locuteur. Les spectateurs sont en effet souvent mal à l’aise lorsqu’ils ne savent pas qui est derrière le contenu ; toutes les réunions de groupe sur le sujet en attestent. Si le responsable caché s’avère finalement être une marque, la sensation de duplicité peut compromettre largement l’objectif du contenu. La réponse habituelle apportée à cette difficulté est de privilégier un « certain équilibre » : il faut que la marque ne soit ni trop suggérée, ni trop peu. Mais pendant ce congrès à Edimbourg, un intervenant a délivré une réponse qui me semble plus adéquate. Selon lui, la présence de la marque est surtout déterminée par le genre éditorial. Dans le cadre des évènements sportifs, par exemple, il est aujourd’hui entendu que les marques apportent de l’ambiance conviviale, et peuvent donc naturellement briguer une excellente visibilité. Alors que dans les magazines au contraire, la marque a davantage un devoir de discrétion : elle est là pour informer et non se promouvoir. Plutôt qu’une exigence d’équilibre, donc, la visibilité est davantage une question de contexte. Dans le contenu éditorial, tout découle de la nécessité de qualité éditoriale : la visibilité de la marque doit avant tout être envisagée comme un élément (parmi bien d’autres !) au service du contenu. Pour plus d’infos, allez sur le site de l’agence incentive à Edimbourg, organisatrice du Congrès.

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Le traitement médiatique du FN

Depuis une trentaine d’années, les journalistes qui suivent le parti d’extrême droite doivent affronter les critiques de la classe politique, de l’opinion et parfois de leurs propres collègues. Témoignages. Un Front national trop médiatisé, en particulier à la télévision? Régulièrement, politiques et opinion publique s’insurgent contre la supposée trop grande place accordée au parti d’extrême droite dans les médias. Ces derniers mois, de nombreuses personnalités politiques se sont aussi insurgées contre les journalistes, leur reprochant de tendre trop souvent le micro à Marine Le Pen. «On a médiatisé le Front national de façon totalement invraisemblable, estimait par exemple Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, sur le plateau d’iTélé le 20 mars dernier. […] Il y a des antennes importantes qui ont invité je ne sais combien de fois le Front national depuis début janvier et qui visiblement avaient perdu mon adresse.» Les médias ont conscience depuis des années du débat que suscite leur couverture du FN et la «normalisation» qui en découlerait. Et ils en débattent régulièrement. Quand ce n’est pas Le Monde qui explique que Florian Philippot, porte-parole du FN, apparaît en moyenne une fois par jour à l’écran ou France 3 qui se demande si les médias ne font pas «le jeu du FN», c’est le CSA qui rappelle à l’ordre BFMTV, que certains surnomment BFN TV, pour «la persistance de la surreprésentation du Front national» sur son antenne. Même le directeur de Mediapart, Edwy Plenel, pourtant fervent opposant au FN, a été accusé à plusieurs reprises de «faire le jeu» du parti de Marine Le Pen. Toutefois, Cécile Alduy, professeure de littérature et de civilisation française à l’université de Stanford et co-auteur de Marine Le Pen prise aux mots, décryptage du nouveau discours frontiste, note une certaine inflexion. «De nombreux journalistes ne semblent plus se poser la question de l’opportunité (et de la fréquence élevée) des invitations lancées à Marine Le Pen et à ses cadres, ni de la manière dont ils reproduisent sans analyse critique les éléments de storytelling de ce parti sur la dédiabolisation.» Selon elle, le Front national a bien mis en place un discours tourné vers les médias et leurs journalistes car, par exemple, «tout le vocabulaire technique dans le domaine économique est destiné aux journalistes, dont elle adopte le langage pour montrer des gages de crédibilité». Mais au-delà de la question du traitement médiatique de ce parti et des interrogations qu’elle soulève, on peut se demander comment les journalistes en charge de sa couverture réagissent aux critiques, qu’elles proviennent de leurs collègues, de leurs proches, ou de la classe politique. Le Front national s’est trouvé une place dans les médias depuis de nombreuses années, mais est-il encore réellement un sujet clivant dans les salles de rédaction? Ces questions ont commencé à émerger il y a presque trente ans. Jusque-là, le FN n’était qu’un «micro-parti que les médias ne prenaient pas vraiment au sérieux», explique le spécialiste de l’histoire des médias Patrick Eveno. Le vrai tournant n’est pas tant 1984 (11% pour le FN aux européennes et la première invitation de Jean-Marie Le Pen à L’Heure de vérité) que 1986, quand une trentaine de députés frontistes font leur entrée à l’Assemblée nationale grâce à la proportionnelle. Le parti et son président de l’époque deviennent alors des figures politiques incontournables. Les médias commencent à se demander comment traiter ce parti et gérer ses positions souvent polémiques. «Le traitement du FN faisait évidemment débat dans les années 1980, certains disaient qu’il ne faisait pas parti du jeu républicain national, explique Paul-Jacques Truffaut, qui couvrait notamment le parti dans les années 1980 pour RTL. Avec Philippe Labro, par exemple, nous avons eu de nombreuses discussions sur le FN.» Ce changement de positionnement du FN dans l’échiquier politique provoqua bien sûr réticences et désintérêt au début, les grandes plumes préférant se consacrer aux principaux partis de l’époque. D’ailleurs, quand Jean-Marie Le Pen évoqua le «détail de l’Histoire» face à Paul-Jacques Truffaut, ce dernier nous explique qu’il a été «le seul à réagir sur le coup» et que les autres médias ont mis plus de 24 heures à s’emparer du sujet. Au fil des années, les journalistes continuaient de marcher sur un fil quand il s’agissait de parler du Front national, entre indifférence et rejet total. «Il y avait deux visions du journalisme qui s’affrontaient, raconte Patrick Eveno. D’un côté, ceux qui pensaient qu’il ne fallait surtout pas en parler, car ce serait faire son jeu et cela l’aiderait à monter. De l’autre, les journalistes qui estimaient que, si phénomène il y avait, il fallait en parler. […] Mais le FN est devenu un phénomène politique d’envergure et il a fallu le traiter, quitte à le dénoncer. Dans tous les cas, les journalistes ne pouvaient plus l’éviter.» Thomas Legrand, chroniqueur politique sur France Inter qui a débuté sa carrière en couvrant le Front national, nous explique que les critiques et les incompréhensions venaient surtout de son entourage ou de l’opinion publique: «Il y a eu plusieurs phases. Quand on le traitait normalement, on nous accusait de le banaliser. Quand on le surtraitait, on nous disait qu’on lui faisait de la publicité. Et enfin quand on l’a sous-traité, on nous a reproché de le sous-estimer. Jamais personne ne sera content de la façon dont on traite le Front national, quoiqu’on fasse.» «Le bon dosage a toujours été difficile à trouver et les rédactions se posent encore des questions aujourd’hui, ajoute Patrick Eveno. Elles sont même très embêtées car, à l’exception de certains médias, il s’agit d’un phénomène et d’un parti politique avec lequel ils ne sont pas d’accords.» «Le FN pour toi, c’est bien un parti d’extrême droite, on est d’accord?». Et quand Marine Le Pen a pris la tête du Front national, les journalistes se sont retrouvés face à une nouvelle difficulté, une nouvelle forme de storytelling, imposée par la nouvelle chef de file du parti. «La difficulté pour nous journalistes, lorsque Marine Le Pen a pris la tête du FN, nous explique la journaliste de Mediapart Marine Turchi, c’était d’évaluer la réalité de sa stratégie de « dédiabolisation »: ce qui relevait de changements réels –de fond ou de forme– au FN, et ce qui relevait de son storytelling.» Le parti tente de brouiller les lignes, de se détacher de son passé sulfureux pour se construire une nouvelle image, «dédiabolisée». Ainsi, on a pu voir Marine Le Pen menacer de poursuivre ceux qui qualifieraient le FN de «parti d’extrême droite». Les journalistes ont parfois subi malgré eux, cette campagne de communication d’un nouveau genre. Ainsi, Marine Turchi nous a raconté que, lors du meeting de Marine Le Pen à Metz en décembre 2011, un responsable du FN avait cité en exemple à la tribune un reportage qu’elle avait publié la veille: «En Moselle, “la peur du FN n’existe plus”», alors qu’il s’agissait d’une citation. «Forcément, cela déstabilise, on s’interroge», nous a-t-elle dit, avant de rappeler qu’elle n’avait fait que prouver dans ce reportage «la forte implantation locale du FN.»

Guerre de civilisation

Sur Itélé et à l’antenne d’Europe 1 dimanche matin, Manuel Valls a expliqué qu’il s’agissait, face au terrorisme, de défendre « nos valeurs, notre société, nos civilisations ». Dans le Journal du Dimanche, le Premier ministre a précisé que ces valeurs étaient universelles. » Est-ce réellement le cas ? Il y aurait urgence à redescendre de la planète mars ! Après la défaite du nazisme et l’effondrement du communisme au XXème siècle, un nouveau totalitarisme est né au début du XXIème. Il est redoutable, il se présente désormais comme une Internationale de la terreur surpuissante, il menace nos démocraties européennes chétives et mollassonnes et il porte un nom : il s’appelle l’islamo-fascisme. C’est le fait même qu’il faille aujourd’hui le rappeler en France — le berceau des Lumières —, comme si la chose n’allait plus de soi, qui devrait nous inquiéter au plus haut point. Le Premier ministre a parfaitement raison d’affirmer qu’il nous faut défendre « nos valeurs » — à commencer par les plus élémentaires, la liberté, la démocratie, le respect de la vie humaine — étant donné que des barbares djihadiste ont déclaré une guerre ouverte, explicite et sanglante à ce minimum civilisationnel commun. Les islamistes proclament haut et fort la haine absolue qu’ils portent au meilleur de notre civilisation et ils joignent la parole aux actes. Attentats à Madrid et à Londres au tournant des années 2000, crimes abjects de Merah en 2012, démantèlement de cellules salafistes en France, tuerie de Nemmouche à Bruxelles en mai 2014, pancartes « Mort aux Juifs ! » tout l’été dans les rues des capitales européennes, décapitations en série de Daesh à l’automne, massacres de janvier 2015, attentats en Isère et en Tunisie ce vendredi 26 juin : mais enfin, que nous faut-il de plus pour nous réveiller et nous rendre à l’évidence ? Faut-il que nous ayons vraiment perdu la boussole pour qu’il soit nécessaire de réaffirmer que les revendications portées par l’islam intégriste ne sont tout simplement pas compatibles avec les principes pour lesquelles, depuis la Révolution de 1789, des générations entières se sont battues sur les barricades. Or, nous sommes comptables de ces sacrifiés et de ces suppliciés à qui nous devons ce mélange unique de liberté, de culture universaliste, d’humanisme juridique, de bien-être, de prospérité et d’égalité des chances qui caractérisent l’Europe. Manuel Valls est donc venu nous rappeler que la défense de cet héritage n’est pas négociable. Non seulement elle nous incombe au regard des générations futures, mais elle constitue assurément le plus efficace rempart contre la barbarie. C’est tout de même archi simple : il se trouve que certaines valeurs universelles — la responsabilité, la liberté, la vérité, la laïcité, la justice — nous obligent absolument et, dans cette mesure, nous transcendent. Que sans ces valeurs, aujourd’hui vacillantes, une société ne tient plus ensemble et le commun s’effondre. Des valeurs accessibles à tous, qui ne sont pas facultatives car elles seules fondent une société où l’homme peut accomplir son humanité dans ses possibilités les plus hautes. En ce sens, elles ne viennent pas de nous. Elles s’imposent à nous et nous préexistent, même si nous avons, chacun, à en personnaliser l’usage. C’est de ces valeurs, dont nous sommes tous les gardiens, que dépend l’avenir de notre civilisation. Et celui de nos enfants. Voir de la civilisation tout court. Je trouve cette déclaration extrêmement confuse. Cela appelle à mon avis à des clarifications qui seraient fort utiles de la part de Manuel Valls. Que des valeurs universelles soient, cela souffre, de mon point de vue, aucun doute possible, si l’on entend par valeurs universelles, en autres le respect de la liberté et de la dignité humaines que les violences extrémistes, quelle qu’en soit la nature, méprisent et bafouent. La question cependant qui se pose avec acuité, à propos des extraits que vous citez, est double : de quelles « valeurs » et de quelles « civilisations » le Premier ministre parle-t-il et se réclame-t-il au juste, et plus encore, à quelles autres civilisations les premières seraient-elles censées s’opposer ? Quel sens donne-t-il au juste à civilisation mis d’ailleurs au pluriel ? N’oublions pas que ce mot est lesté d’une connotation particulièrement négative, ne serait-ce que dans l’espace social français, dans la mesure où Claude Guéant, alors ministre de l’Intérieur sous la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012), avait lui-même déclaré, suscitant d’ailleurs à l’époque une vague d’indignations à gauche, que « toutes les civilisations ne se valent pas ». Ce que ne dit pas explicitement la déclaration de M. Valls à l’antenne d’Europe 1, mais que l’on perçoit nettement eu égard à l’échange dans son ensemble, est que l’islam traverse en lui-même et pour lui-même une crise de civilisation qui l’opposerait ainsi aux autres civilisations. Dans ce cas, dans quelle civilisation mettrait-il les musulmans français ? Les valeurs humanistes françaises ou européennes peuvent-elles s’adapter à tous les pays, toutes les régions du monde ? Vous me demandez en somme si les valeurs sur lesquelles repose la civilisation issue des Lumières sont universelles ? La réponse est oui, évidemment, c’est même qui ce qui les caractérise : elles sont ouvertes à qui veut bien y adhérer sur l’ensemble de la planète. Que l’on en soit aujourd’hui à se poser la question me paraît, à vrai dire, tristement symptomatique du fait que la théologie multiculturaliste et les tenants de la relativité des valeurs semblent en passe de l’emporter. Cette pente est funeste et plus suicidaire que jamais. Elle procède en réalité du gaucho-tiermondisme des années 60, tout à fait hors de saison. Une vulgate, très présente dans les médias, pour qui les droits de l’homme perpétueraient, entre autres abominations, la domination de la femme. Par contre, on ne dira rien sur le voile. Une vulgate pour qui il serait plus convenable de parler de « droits humains » pour faire comprendre aux ultimes récalcitrants, encore attachés à un universalisme passé de mode, que les droits de l’homme ne sont jamais qu’une invention occidentale, donc particulière et intrinsèquement impérialiste. Ce discours, selon lequel l’Europe serait coupable et colonialiste par essence, est calamiteux. La grandeur de la culture européenne tient au contraire à ce qu’elle a érigé en vertu cardinale l’esprit critique et le droit d’être différent de sa propre différence, cet esprit lui ayant notamment permis, au XXème siècle, de surmonter la catastrophe totalitaire.

La corniche des Cévennes : le paradis du quad

La Lozère. Voilà un département où je n’aimerais pas vivre. Je n’ai toujours pas compris pourquoi mes amis sont partis s’y enterrer. C’est le département le moins peuplé de France. Certains hivers, il leur arrive de ne pas pouvoir aller au travail pendant des jours, coincés qu’ils sont par la neige devant leur domicile. Même le réseau téléphonique refuse de s’y rendre. Cinq cents mètres après y être entré, on n’a plus de réseau ! En revanche, et pour toutes ces mêmes raisons, c’est le département idéal pour y faire des randonnées en quads ! Et c’est avec un plaisir sans nom que nous enfourchons nos quads, chaque fois que je leur rends visite. Si je préfère généralement le quad en forêt, une route m’a tout de même énormément plu lors de mon dernier séjour : la corniche des Cévennes ! Au cœur du parc national des Cévennes (classé réserve mondiale de la biosphère par l’Unesco), cette route de crête permet de jouir des plus beaux points de vue qu’offre ce massif de moyennes montagnes. Vallons encaissés, hauts plateaux d’aspect lunaire, versants boisés de châtaigniers et hameaux de pierre grise jalonnent la corniche des Cévennes, qu’on appelle aussi la corniche d’Améthyste. La route, en excellent état mais très sinueuse, relie le bourg de Florac, blotti contre des falaises dolomitiques, au bassin de Saint-Jean-du-Gard. Entre la vallée Borgne et les terrains sombres, hérissés de calcaires ruiniformes du Valfrancesque, cet itinéraire franchit des cols, dévale des pentes, traverse un causse désertique et nu, et suit une ligne de crête où la vue porte, par beau temps, jusqu’au mont Aigoual et aux garrigues nîmoises ! On a l’impression de circuler alors sur un fil tendu jusqu’à l’horizon. Au-delà des cols de l’Exil puis de Saint-Pierre, nous sommes descendus par des lacets serrés jusqu’à la plaine. Mes amis m’en ont même appris un peu plus sur l’histoire de cette route, au cours d’une pause où nous avions vu sur la vallée. La corniche des Cévennes est située dans un espace naturel protégé. Construite sur d’anciennes pistes de transhumance et de sentes charretières, c’était au XVIIe siècle un chemin royal, voie stratégique par laquelle les régiments des Dragons vinrent mater la révolte des maquisards huguenots. Longtemps délaissée, rendue impraticable du fait des éboulis de schiste, la route des corniches a demandé 40 ans de travaux pour s’ouvrir au tourisme automobile ! Elle réserve à ceux qui l’empruntent une vue inoubliable. Que vous l’exploriez dans le cadre d’une randonnée en quad ou en voiture, ne manquez pas ce paysage, si vous ne le connaissez pas encore. Suivez le lien pour le site du prestataire.

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